Les termes de la musique orientale – introduction

30 janvier 2017 | musique-orientale

Qu’est-ce que la musique orientale?

A savoir:

Je ne suis pas musicienne, j’ai un bagage ultra mince de solfège et de piano et une pratique douloureuse de la flûte à bec dans le cadre scolaire! Par contre je suis une grande passionnée des musiques arabes, de leurs histoires et des compositeurs et musiciens. Cette série d’articles est inspirée par mes questions et celles de mes élèves. Si chaque rencontre avec un musicien a élargi mon répertoire et ma sensibilité, j’ai du écumer internet et lire des ouvrages spécialisés pour comprendre ou affiner certaines notions, et surtout recouper les informations parfois hasardeuses. Bref, c’est un work in progress permanent!

Différence Orient/Occident

Pour différencier la musique occidentale de la musique arabe orientale, on utilise souvent l’opposition écrite/improvisée  ou harmonie/hétérophonie ou encore tonale/modale . Je parlerai ici de musique classique ou savante et toujours urbaine, bien que les chaabis et folklores suivent les mêmes principes (Les musiques turques, perses et indiennes ne sont pas abordées ici, ce sont des univers avec de nombreux points communs mais aussi des subtilités et des richesses que je ne maîtrise absolument pas).

Affinons ces 3 différences, pas toujours aussi tranchées

Polyphonie et Harmonie/Hétérophonie et monodie : La musique occidentale est composée avec des accords, c’est à dire que différentes notes sont jouées simultanément (harmonie) et chaque partie de l’orchestre interprète une mélodie différente(polyphonie). La musique arabe est jouée à l’unisson, c’est-à-dire que chaque musicien joue la même note avec éventuellement un décalage d’octave (monodie) avec parfois des variantes sur la même structure (hétérophonie). Mais de nombreux compositeurs de musique arabe classique contemporaine ont cependant exploré les harmonies et les concepts occidentaux, de Mohamed Abdelawahab à Kadhem Saher, et l’hétérophonie et la monodie sont aussi utilisées en occident.

Ecrite/Improvisée :  Traditionnellement écrite en occident, improvisée en orient, les règles ont bougées au 20ème siècle avec la musique contemporaine expérimentale de John Cage,  le jazz et le free jazz d’un côté et l’écriture des œuvres fleuves inspiré de la musique classique occidentale de la deuxième partie du XXème siècle en Egypte. Mais Oum Kalthoum imposait néanmoins à ses musiciens d’apprendre par cœur son répertoire écrit, afin de lui laisser une plus grande liberté d’improvisation.

Tonale/modale : Ici je baisse les bras, c’est un concept trop pointu, il faut pratiquer la musique (tonique, degré,contrepoint…). La musique occidentale est dite tonale mais la musique médiévale, le chant grégorien notamment était modale, et à partir du XXème siècle la musique contemporaine et le jazz ont exploré la modalité. Miles Davis a introduit le jazz modal à partir des années 60 et So what en est un titre phare. La modalité en musique arabe est l’exploration du maqam, sujet du prochain article.

Lors de son entretien avec le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux, le chef d’orchestre et compositeur Pierre Boulez résumait ainsi ces  deux univers : « Si l’on utilise un niveau de complexité dans un domaine, le niveau correspondant de complexité dans un autre domaine doit être inférieur », l’oreille humaine ne pouvant percevoir à la fois une richesse polyphonique occidentale  et une finesse d’intervalle orientale. Emission à retrouver en podcast sur France Culture, intervention à la 16eme minute.

Un peu d’histoire et de contexte culturel

Le plus important dans la musique arabe est le verbe, le mot, la poésie! Le chant est utilisé pour mettre en valeur le poème, la rythmique pour appuyer son souffle. La musique est un soutien du chant, un écrin pour illustrer la voix qui elle-même illustre le poème. C’est un principe qui permet de mieux comprendre la construction de cet art.

La composition instrumentale “pure” apparaît au milieu du 20eme siècle, sous l’influence des compositions occidentales classiques. Jusqu’à lors, les parties instrumentales, introduction, samai, taqassim étaient des supports pour introduire l’état d’esprit de la soirée et le maqam utilisé. Une préparation nécessaire au chanteur et au public avant la partie chantée. A partir des années 1930 il y a d’abord eu la musique composée pour le cinéma parlant en Egypte, puis des pièces classiques instrumentales isolées du chant. La mise en avant des instrumentistes est alors apparue.

à suivre :

  • les termes de la musique orientale , le quart de ton et le maqam. Explications et exemples.
  • les termes de la musique orientale , tarab, taqassim, mawal et les mots autour de l’improvisation et des sensations apportées par la musique. Explications et exemples

 

 

La musique arabe