Pratiquant et enseignant la danse orientale depuis des années,, j’ai souvent entendu parler des « bienfaits » de cette pratique pour la santé des femmes. Mais ces affirmations restaient vagues, suspendues entre la conviction intime et le flou artistique. J’ai voulu comprendre : que dit réellement la science sur cette danse que j’enseigne ?

Cette recherche a pris une dimension particulière. Plusieurs femmes de mon entourage ont été touchées par le cancer du sein. Face à leurs parcours, j’ai cherché à savoir si la danse orientale pouvait réellement offrir un soutien — et sur quelles preuves solides fonder cette intuition.

Danse orientale et cancer du sein : trois études internationales ont exploré cette question. Leurs résultats convergent et ouvrent des perspectives inattendues pour l’accompagnement des patientes.

Au détour de recherches scientifiques menées au Brésil et en Hongrie, j’ai découvert des protocoles rigoureux, des tableaux de mesures, des goniomètres et des questionnaires. Et au milieu de tout cela, des voix. Celle d’une patiente atteinte de cancer du sein qui témoignait à l’issue d’un programme de danse orientale adapté :

Je ne pouvais pas croire l’image dans le miroir. J’ai été émue par la beauté de mon nouveau moi.

Comment en arrive-t-on là ? Qu’est-ce qui peut transformer à ce point le regard d’une femme sur elle-même pendant ou après la maladie et ses traitements ? Et surtout : est-ce un cas isolé, ou quelque chose de plus profond se joue-t-il lorsque des patientes suivent un programme de danse adapté à leur maladie ?

Cet article vous propose de découvrir ce qui s’est réellement passé pendant ces semaines de pratique — entre mesures scientifiques et expériences humaines.

Le cancer du sein : vivre pendant et après la tempête

1 femme sur 8 sera touchée par le cancer du sein en France (Institut National du Cancer). Ce chiffre signifie que nous sommes tous concernés. C’est la première cause de décès par cancer chez les femmes en Occident.

Si les progrès médicaux permettent aujourd’hui à près de 9 femmes sur 10 de survivre, vivre pendant et après le cancer reste un défi quotidien. Les traitements nécessaires — chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie et hormonothérapie — sont agressifs et impactent considérablement la qualité de vie.

Les séquelles physiques sont multiples. La chirurgie, pouvant inclure mastectomie et ablation des ganglions lymphatiques, entraîne souvent des limitations de l’amplitude des mouvements des bras et des épaules, et parfois un lymphœdème. L’hormonothérapie adjuvante, essentielle pour réduire le risque de récidive, provoque des effets secondaires comparables à ceux de la ménopause : douleurs musculo-squelettiques et articulaires.

La fatigue est l’un des symptômes les plus répandus, touchant 3 femmes sur 4. S’ajoutent les symptômes dépressifs, le stress, l’anxiété, et l’épuisement émotionnel.

Mais l’invisible pèse parfois plus lourd. Les altérations physiques (perte de cheveux, changements corporels, cicatrices) affectent profondément l’image corporelle et l’estime de soi. Cette distorsion impacte directement la fonction sexuelle et l’intimité.

Ces séquelles perdurent. Cinq ans après le diagnostic, plus de la moitié des femmes souffrent encore de fatigue significative et de douleurs articulaires. L’impact psychologique reste marqué : près de la moitié se sentent moins attirantes sexuellement (rapport VICAN 5, INCa).

Le rapport VICAN 5 de l'Institut National du Cancer (2018) a suivi des milliers de femmes 5 ans après leur diagnostic. Les chiffres précis montrent :

Sur le plan physique :

  • 50,9% : qualité de vie physique dégradée
  • 57,2% : fatigue cliniquement significative persistante
  • 55,0% : douleurs articulaires ou osseuses

Sur le plan psychologique et intime :

  • 43,9% : se sentent moins attirantes sexuellement
  • 45,4% : souffrent de sécheresse vaginale

Source : Rapport VICAN 5

Face à ces séquelles durables, les professionnels de santé recherchent des solutions complémentaires — non médicamenteuses, agréables et accessibles — pour aider les femmes à retrouver leur bien-être physique et mental pendant et après les traitements.

C’est dans ce contexte qu’une pratique ancestrale, célébrée depuis des siècles pour sa connexion au corps féminin, a attiré l’attention de chercheurs.

Pourquoi la danse orientale ?

L’idée d’associer danse orientale et cancer du sein peut sembler surprenante à première vue.. Pourtant, cette pratique ancestrale possède des caractéristiques uniques qui ont éveillé la curiosité des chercheurs.

Un potentiel thérapeutique inattendu

La danse orientale, originaire du Moyen-Orient, est reconnue comme une danse féminine et sensuelle, célébrant le corps et le mouvement. Ce sont précisément ces caractéristiques qui ont retenu l’attention de la communauté scientifique pour la réhabilitation après un cancer du sein.

Trois raisons principales :

Elle sollicite intensément les bras et les épaules. Les mouvements impliquent fortement les membres supérieurs, notamment avec l’utilisation d’accessoires comme les voiles ou les tambourins. Cet aspect est essentiel pour les femmes ayant subi une chirurgie du sein, car il permet de travailler spécifiquement les limitations de mobilité (Boing et al., 2020).

Elle reconnecte au corps et à la féminité. Contrairement à une simple activité physique, cette danse valorise la conscience corporelle, l’expression et l’acceptation de soi. Elle peut agir sur ce que les chercheurs appellent le « sauvetage de la féminité, de la douceur et de la beauté », aidant les patientes à explorer leur autonomie corporelle et à renforcer leur confiance (Boing et al., 2020).

Elle crée du lien social. La pratique en groupe favorise le soutien mutuel et le partage d’expériences entre femmes traversant des épreuves similaires (Szalai et al., 2017).

Danse orientale et cancer du sein : les premières études

Pendant longtemps, la littérature scientifique s’est concentrée sur des modalités plus courantes comme le Pilates ou le Yoga pour la réhabilitation oncologique. Mais les premiers essais sur la danse orientale auprès de patientes atteintes de cancer du sein ont révélé des résultats prometteurs : amélioration de la qualité de vie, réduction de la fatigue, diminution des symptômes dépressifs (Boing et al., 2018 ; Szalai et al., 2015).

Les chercheurs ont développé des protocoles selon les standards internationaux de recherche en APA (Activité Physique Adaptée) — comme l’étude MoveMama au Brésil (Boing et al., 2020) — pour vérifier si ces bénéfices résistaient à l’épreuve de la méthode scientifique.

Dans les laboratoires : comment étudier la grâce ?

Pour vérifier si les bénéfices pressentis de la danse orientale étaient réels, les chercheurs ont dû relever un défi : comment mesurer scientifiquement une pratique qui mêle mouvement, émotion et symbolique ?

Pour y répondre, des équipes au Brésil et en Hongrie ont développé plusieurs protocoles entre 2015 et 2023

Mais qui sont ces chercheurs ?

Au Brésil, c’est une équipe pluridisciplinaire menée par Leonessa Boing et Adriana Guimarães, de l’Université d’État de Santa Catarina : kinésithérapeutes, spécialistes en activité physique adaptée, infirmières, oncologues. Leur constat de départ : contrairement au Pilates ou au yoga, la danse orientale était quasi absente de la littérature scientifique sur la réadaptation en oncologie. Pourtant, ses mouvements sollicitant intensément les bras et les épaules semblaient particulièrement adaptés aux séquelles de la chirurgie mammaire. Ils ont d’abord mené une étude pilote, puis lancé l’essai randomisé MoveMama pour mesurer ces effets de manière rigoureuse.

En Hongrie, c’est Márta Szalai, infirmière en chef à l’Institut National d’Oncologie de Budapest, qui a mené ces recherches avec une équipe pluridisciplinaire : psychologues, sociologues, médecins et infirmières. Leur approche : analyser qualitativement l’expérience vécue par des patientes dans un groupe de soutien pratiquant la danse orientale — comment cette pratique transformait leur rapport au corps, leur identité, leur vécu de la maladie.

Deux équipes pluridisciplinaires, deux continents, des motivations complémentaires — et des conclusions convergentes.

Panorama des recherches

L’étude pilote brésilienne (Boing et al., 2018) a d’abord testé la faisabilité : 19 femmes atteintes de cancer du sein ont pratiqué la danse orientale pendant 12 semaines, 2 fois par semaine. Cette première exploration a révélé des résultats prometteurs sur la fatigue et le moral.

L’essai randomisé MoveMama (Boing et al., 2020 ; Leite et al., 2021 ; Boing et al., 2023) a ensuite confirmé ces résultats avec un niveau de preuve supérieur (essai contrôlé randomisé): 74 femmes sous hormonothérapie ont été réparties au hasard entre trois groupes (danse orientale, Pilates, ou groupe témoin). 52 d’entre elles ont complété les 16 semaines de pratique, à raison de 3 séances par semaine. Seuls les résultats du groupe danse orientale sont présentés ici.

L’étude hongroise (Szalai et al., 2015 ; 2017) a suivi pendant un an 114 patientes atteintes de divers cancers (69% de cancer du sein). 55 ont pratiqué la danse orientale 1 fois par semaine, tandis que 59 recevaient uniquement les soins médicaux standard.

Ces trois protocoles ont utilisé deux types d’outils complémentaires : des mesures objectives (mobilité, force musculaire, fréquence cardiaque) et des questionnaires validés pour évaluer la qualité de vie, la fatigue, le moral, l’image corporelle. L’étude hongroise a aussi recueilli des témoignages lors d’entretiens approfondis.

Tableau comparatif des trois études

Auteurs / Année Participantes Durée / Fréquence Méthodologie Résultats
Boing et al., 2018
(Étude pilote brésilienne)
19 femmes (stades I à III), en cours ou après traitement 12 semaines, non précisé Étude pilote non randomisée, quantitative Amélioration significative de la fatigue, symptômes du bras et symptômes dépressifs dans le groupe Danse Orientale vs contrôle.
Boing et al., 2020, Leite et al., 2021
(Essai brésilien MoveMama)
74 femmes randomisées (52 analysées), stades I à III, sous hormonothérapie 16 semaines, 3 séances/semaine Essai randomisé contrôlé (RCT), 3 groupes (Pilates, Danse Orientale, Contrôle) Comparaison des effets sur critères déclarés (PROs) avec amélioration dans le groupe Danse Orientale, ajustée par modèle statistique.
Szalai et al., 2015/2017
(Étude hongroise)
114 patientes (55 danse / 59 contrôle), 69,1% cancer du sein, autres cancers inclus 1 an, 1 séance/semaine Étude prospective comparative non randomisée, analyses quantitatives et qualitatives Amélioration significative du soutien social perçu et de la satisfaction de vie globale dans le groupe danse. Rôle clé du modèle de pairs.

Comprendre les types d'études

Étude pilote : Première exploration menée sur un petit groupe. Elle vérifie la faisabilité et suggère des tendances, mais ne permet pas de prouver formellement un effet.

Essai randomisé contrôlé (RCT) : Étude plus rigoureuse où les participantes sont réparties au hasard entre plusieurs groupes. Dans l’étude MoveMama, trois groupes ont été constitués : un groupe pratiquant la danse orientale, un groupe pratiquant le Pilates, et un groupe témoin recevant uniquement des sessions éducatives. Cette méthode permet d’affirmer plus sûrement que les bénéfices observés sont liés à la pratique elle-même, et non à d’autres facteurs externes (motivation, contexte, effet placebo). Dans cet article, seuls les résultats du groupe danse orientale sont présentés.

Analyse qualitative : Enquête fondée sur des entretiens ou témoignages. Elle met en lumière le vécu, les émotions et les transformations subjectives, souvent invisibles dans les chiffres.

Détails des protocoles pour les professionnelles de la danse orientale

Pour les danseuses et enseignantes qui souhaitent comprendre concrètement comment ces séances étaient structurées, voici les protocoles pratiques des trois études :

Étude pilote brésilienne (Boing et al., 2018) :

  • 2 séances par semaine de 60 minutes pendant 12 semaines
  • Structure : échauffement (10 min), pratique (40 min), étirements/relaxation (10 min)
  • Contenu : mouvements de danse orientale égyptienne, danses folkloriques arabes (dabke, fellahi, khaligi), utilisation d’accessoires (voile, jarre)

Essai randomisé MoveMama (Boing et al., 2020) :

  • 3 séances par semaine de 60 minutes pendant 16 semaines
  • Structure identique à l’étude pilote
  • Contenu : pratiques individuelles et collectives, création chorégraphique
  • Intensité contrôlée : 80 bpm (échauffement/repos), 120-150 bpm (cœur de séance)

Étude hongroise (Szalai et al., 2015 ; 2017) :

  • 1 séance de 3 heures par semaine pendant 1 an
  • Structure : 90 minutes de danse orientale suivies de 90 minutes de discussion de groupe libre
  • Technique non précisée dans les publications

Ce qui s’est passé pendant ces semaines de danse

Voici les observations recueillies pendant la période où les femmes pratiquaient la danse orientale — entre 12 semaines et 1 an selon les protocoles. Les mesures ont été prises au début, pendant, et à la fin de chaque programme.

Le corps retrouve sa mobilité et sa vitalité

Les mesures objectives montrent un gain de l’amplitude des mouvements des bras et des épaules, essentielle après une chirurgie (Leite et al., 2021). La fatigue, qui pèse si lourd au quotidien, diminue significativement (Boing et al., 2018 ; Boing et al., 2023).

Ce que cela signifie concrètement ? Écoutons ces participantes :

Depuis, mon sommeil est normal, mes articulations sont plus souples, et je peux me baisser sans difficulté.

Je n’aurais jamais imaginé être capable de telles choses.

Note méthodologique : comparaison avec le Pilates

L’étude MoveMama a évalué deux interventions en parallèle : danse orientale et Mat Pilates. Pour les besoins de cet article centré sur la danse orientale, seuls les résultats du groupe danse sont présentés.

Il est important de noter que le groupe Pilates a obtenu des résultats supérieurs sur l’amplitude de mouvement (ROM), avec une amélioration de 19° en flexion du bras droit contre 7° pour la danse orientale (Leite et al., 2021).

Cela suggère que différentes pratiques peuvent avoir des effets spécifiques : le Pilates semble plus efficace pour la mobilité articulaire pure, tandis que la danse orientale montre des bénéfices plus marqués sur les dimensions psychologiques et sociales.

L’esprit s’allège

La qualité de vie s’améliore, les symptômes dépressifs diminuent (Boing et al., 2018 ; Leite et al., 2021). Dans l’étude hongroise, la satisfaction de vie des participantes a augmenté progressivement, avec un écart qui s’est accentué au fil des mois par rapport au groupe témoin (Szalai et al., 2015).

L’analyse des entretiens révèle une transformation dans le temps :

  • Avant la danse : période souvent décrite comme « négative »
  • Pendant la danse : émergence d’émotions positives
  • Après chaque séance : effets unanimement positifs, redéfinition du soi

(Szalai et al., 2017)

Le miroir redevient un allié

L’image corporelle se transforme. Les femmes qui ont pratiqué la danse orientale ont retrouvé une meilleure perception de leur corps (Boing et al., 2023).

Certains témoignages sont particulièrement bouleversants :

Je ne pouvais pas croire l’image dans le miroir. J’ai été émue par la beauté et la jeunesse de mon nouveau moi.

Parce que je ne suis pas un buste-cancer — et maintenant je suis prête à le montrer !

Les femmes rapportent également une meilleure fonction sexuelle, notamment avec une réduction de la douleur et de l’inconfort pendant les rapports — un sujet rarement abordé mais pourtant central après un cancer du sein (Boing et al., 2018). Les chercheurs suggèrent que les mouvements spécifiques du bassin en danse orientale pourraient influencer favorablement le contrôle neuromusculaire de cette région.

La force du groupe : quand danser ensemble devient thérapeutique

Le soutien social perçu augmente de manière spectaculaire dans le groupe danse, alors qu’il diminue dans le groupe témoin (Szalai et al., 2015). Danser ensemble crée bien plus qu’une simple activité de groupe.

L’étude hongroise a identifié un mécanisme particulièrement puissant : l’effet de « modèle de rôle ». Voir d’autres femmes, qui ont traversé la même épreuve, danser avec grâce et confiance, transmet un message d’espoir plus fort que n’importe quel discours :

Nous avons été comme vous — vous pouvez aussi être comme nous. Vous pouvez être féminine, vous pouvez maîtriser ces mouvements, vous pouvez survivre au cancer.

La pratique en groupe favorise aussi les échanges informels :

Nous avons continué à parler après les cours, ce qui était très agréable.

Des danseuses orientales témoignent : quand la danse devient refuge

Les études brésiliennes et hongroises ont documenté les bénéfices de la danse orientale chez des femmes découvrant cette pratique pendant ou après leur cancer. Mais qu’en est-il des professionnelles, celles pour qui danser est déjà un métier, une identité ?

Sorahia Khamsin, danseuse et professeure de danse orientale à Besançon, a reçu un diagnostic foudroyant : carcinome infiltrant stade 4. Face à l’annonce, sa réponse a été sans appel : continuer à danser. Contre l’avis médical qui lui conseillait d’arrêter, elle a maintenu ses cours tous les soirs, organisé un spectacle, enchaîné les prestations — perruque sur la tête, sourire aux lèvres. « La danse, c’était comme un gros bouclier entre le cancer et moi », confie-t-elle. Pendant six mois, personne n’a su. Ni ses élèves, ni sa famille. « Je ne voulais pas porter la peine des autres. Je voulais rester focus sur l’objectif : le liquider. »

Maëlle, danseuse et professeure de danse orientale à Bruxelles, avait 38 ans et allaitait encore son fils de deux ans et demi quand le cancer s’est invité en mars 2020, en plein premier confinement. Mastectomie, reconstruction immédiate, chimiothérapie pendant la pandémie — et pourtant, elle a continué à danser. « On m’a enlevé mes cheveux, on m’a enlevé un sein. Mais la danse, elle, est toujours là. Même dans un lit, on peut danser dans sa tête. » Pour elle, le cancer est devenu une invitation forcée à ralentir, à sortir de sa « roue de hamster ». « Je ne serai plus jamais la même danseuse — mais je serai une meilleure version de moi-même. »

Ces deux parcours, racontés dans des podcasts francophones, résonnent avec les observations des chercheurs : pour ces femmes, la danse orientale a offert un ancrage, une continuité, une manière de rester soi quand tout basculait.

Écouter leurs histoires :

Ce que ces études nous disent — et ne nous disent pas encore

Ces résultats sont encourageants, mais pour bien les comprendre, il faut en connaître les limites et les zones d’ombre.

Des bénéfices mesurés pendant la pratique

La question la plus importante : Que se passe-t-il après l’arrêt de la danse ? Les chercheurs ont évalué les effets sur la durée de la pratique (entre 12 semaines et 1 an). Certaines mesures suggèrent que les bénéfices sur la fatigue peuvent persister un temps après l’arrêt, mais aucun suivi à long terme n’a été réalisé.

Ce que cela signifie : Comme toute activité physique (sport, yoga, méditation), les bénéfices de la danse orientale semblent liés à une pratique régulière. Il ne s’agit pas d’une solution miracle ponctuelle, mais d’un accompagnement dans la durée.

Les limites méthodologiques

Au-delà de cette question temporelle, ces études présentent des limites communes aux recherches sur l’activité physique en oncologie :

  • Échantillons limités : Entre 19 et 114 participantes selon les études, ce qui réduit la capacité à généraliser les résultats à l’ensemble des patientes.
  • Biais de motivation : Seule l’étude MoveMama a réparti les femmes au hasard entre les groupes. Dans les deux autres, les participantes ont choisi volontairement de danser, ce qui peut sélectionner les femmes les plus motivées.
  • Effet placebo possible : Impossible de « masquer » aux participantes si elles dansent ou non, contrairement à un médicament. Leurs réponses aux questionnaires peuvent être influencées par leurs attentes.
  • Abandons en cours de route : 30% des participantes de l’étude MoveMama n’ont pas terminé les 16 semaines, un taux significatif mais courant dans les programmes d’exercice de longue durée.
  • Population ciblée : Les études se sont concentrées sur des cancers du sein à stades précoces (I à III), ce qui limite la généralisation à d’autres situations.

Ce que cela n’enlève pas

Ces limites, fréquentes dans la recherche en activité physique adaptée, ne remettent pas en cause les observations faites. Deux équipes indépendantes, au Brésil et en Hongrie, aboutissent à des conclusions convergentes. Cela reste une base solide — qui appelle simplement à poursuivre les recherches avec des échantillons plus larges et des suivis à long terme.

Danse orientale et cancer du sein : bilan

La littérature scientifique compte à ce jour trois recherches cliniques explorant spécifiquement la danse orientale auprès de femmes atteintes de cancer du sein. Leur nombre est limité, mais leurs résultats convergent : pendant la période de pratique, cette activité améliore la mobilité, réduit la fatigue, allège le moral, transforme l’image corporelle et crée du lien social.

Au-delà des chiffres, ce sont les voix des femmes qui résonnent le plus fort. La danse orientale offre quelque chose de précieux : un espace où le corps redevient source de plaisir et non plus seulement de souffrance, où la féminité peut se réinventer, où l’on n’est plus seule.

Comme toute activité physique, ses bénéfices semblent liés à une pratique régulière. Des recherches de plus grande envergure sont nécessaires pour confirmer ces observations et étudier leur durabilité. Mais les bases sont là, solides, issues de recherches indépendantes au Brésil et en Hongrie.

En pratique : et en France ?

Bouger : reprendre en main sa pratique

Si l’on pratique déjà une activité — danse, sport, marche — il est possible de la poursuivre ou de la reprendre en suivant l’avis de son équipe médicale. Pas besoin d’attendre un cadre spécifique : se prendre en main et bouger selon ses capacités est déjà un premier pas précieux.

Le cadre légal français

En France, le cadre législatif de l’Activité Physique Adaptée (article D1172-2 du Code de la santé publique) permet à des professionnels formés de proposer des activités physiques adaptées aux personnes atteintes de maladies chroniques, dont le cancer. Ce dispositif s’adresse particulièrement à celles qui n’ont jamais pratiqué d’activité physique, qui souhaitent reprendre de façon encadrée, ou qui apprécient d’être accompagnées par un groupe de femmes vivant les mêmes difficultés. Il offre un contexte favorable au développement d’initiatives sécurisées.

Des projets qui émergent

Plusieurs expériences voient le jour. À Marseille, la danseuse et chorégraphe Mélanie Paolettoni propose des ateliers de danse (modern jazz, cabaret) aux patientes de plusieurs hôpitaux, après s’être formée spécifiquement à cette pratique adaptée. Cela illustre l’intérêt croissant du milieu médical français pour la danse comme outil de réhabilitation.

Zoom sur Toulouse : activité physique adaptée et bien-être en oncologie

En tant que Toulousaine, je tiens à saluer quelques belles actions locales qui proposent soutien et activités aux personnes touchées par le cancer. Ces associations font un travail remarquable :

IUCT-Oncopole développe un programme complet de soins de support incluant des activités physiques adaptées et un accompagnement global des patientes.

L’Institut du Sein Grand Toulouse, association de professionnels de santé, coordonne le parcours médico-psycho-social des patientes, du diagnostic à l’après traitement.

Les Rubies proposent du rugby adapté aux personnes touchées par le cancer — parce que oui, on peut aussi plaquer la maladie sur un terrain ! Basées à l’Oncopole de Toulouse.

L’association Sporeva accompagne les personnes touchées par le cancer à travers le sport adapté.

L’association be. happy, créée par des soignants passionnés, œuvre pour développer les soins de support en cancérologie.

Cette liste n’est évidemment pas exhaustive. Partout en France, de nombreuses associations aidantes et soutenantes accompagnent avec bienveillance les personnes et leurs familles touchées par le cancer.

Conclusion

En explorant la littérature scientifique, j’ai découvert bien plus que des protocoles et des mesures. Derrière les chiffres, il y a des femmes qui ont dansé — et qui se sont reconnues dans le miroir, qui n’étaient plus seules, qui ont retrouvé un peu de cette légèreté perdue.

Ce travail n’est qu’un début. Des questions restent ouvertes : Que se passe-t-il six mois, un an après l’arrêt de la danse ? Quels profils de patientes en tirent le plus de bénéfices ? Comment adapter ces protocoles brésiliens et hongrois au contexte français ?

D’autres études viendront. Peut-être ici, en France. Peut-être avec d’autres danses, d’autres approches. L’essentiel est que la recherche continue, que les collaborations se créent, que les expériences se partagent.

Car au-delà des débats méthodologiques et des prudences scientifiques, une vérité émerge : la danse orientale peut offrir un espace — précieux, rare — où le corps redevient source de plaisir et d’expression, où la féminité se réinvente, où l’on danse, ensemble, malgré tout.

Bibliographie

Publications scientifiques principales

Boing L, Baptista MF, Pereira GS, Sperandio FF, Moratelli J, Cardoso AA, Borgatto AF, Guimarães ACA. Benefits of belly dance on quality of life, fatigue, and depressive symptoms in women with breast cancer – A pilot study of a non-randomised clinical trial. Journal of Bodywork & Movement Therapies. 2018;22(2):460-466.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29861250/

Boing L, do Bem Fretta T, de Carvalho Souza Vieira M, Pereira GS, Moratelli J, Sperandio FF, Bergmann A, Baptista F, Dias M, de Azevedo Guimarães AC. Pilates and dance to patients with breast cancer undergoing treatment: Study protocol for a randomized clinical trial – MoveMama study. Trials. 2020;21:35.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31910872/

Leite B, de Bem Fretta T, Boing L, Guimarães ACA. Can belly dance and mat Pilates be effective for range of motion, self-esteem, and depressive symptoms of breast cancer women? Complementary Therapies in Clinical Practice. 2021;45:101483.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34517217/

Boing L, de Bem Fretta T, Lynch BM, Dias M, da Rosa LM, Baptista F, Bergmann A, Fausto DY, Bocchi Martins JB, Guimarães ACA. Mat Pilates and belly dance: Effects on patient-reported outcomes among breast cancer survivors receiving hormone therapy and adherence to exercise. Complementary Therapies in Clinical Practice. 2023;50:101683.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36403344/

Szalai M, Lévay B, Szirmai A, Papp I, Prémusz V, Bódis J. A clinical study to assess the efficacy of belly dancing as a tool for rehabilitation in female patients with malignancies. European Journal of Oncology Nursing. 2015;19:60-65.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25201130/

Szalai M, Szirmai A, Füge K, Makai A, Erdélyi G, Prémusz V, Bódis J. Special aspects of social support: Qualitative analysis of oncologic rehabilitation through a belly dancing peer support group. European Journal of Cancer Care. 2017;26:e12656.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28329586/

Rapports institutionnels

Institut National du Cancer (INCa), INSERM SESSTIM. La vie cinq ans après un diagnostic de cancer. Direction scientifique : Ben Diane MK, Bouhnik AD. Juin 2018. 358 p. ISBN : 978-2-37219-382-5.
Télécharger le rapport VICAN 5

Institut National du Cancer. Statistiques et chiffres sur les cancers – Épidémiologie du cancer du sein.
Consulter les statistiques

Cadre légal et ressources françaises

Ministère de la Santé et de la Prévention. Code de la santé publique – Article D1172-2 : Activité physique adaptée prescrite par le médecin traitant à des patients atteints d’une affection de longue durée.
Consulter l’article D1172-2

Témoignages et ressources audio

Podcast « Cancer, je gère ». Épisode 16 – Quand le cancer est source d’un nouvel équilibre (Témoignage de Maëlle, Belgique).
Écouter le témoignage de Maëlle

Podcast « Danse mon amour ». Épisode 7 – Sorahia Khamsin : « Un cancer ? J’peux pas, j’ai danse ! » (Besançon).
Écouter le témoignage de Sorahia

Le Méridional. Face au cancer, Mélanie Paolettoni réinvente la danse de l’espoir. 17 décembre 2024.
Lire l’article

Initiatives locales citées

IUCT-Oncopole (Toulouse). Les soins de support en cancérologie.
Découvrir les soins de support

Institut du Sein Grand Toulouse . Association de professionnels de santé pour l’accompagnement des patientes.

Découvrir l’ISGT31

Association Les Rubies (Toulouse). Rugby adapté aux personnes touchées par le cancer. Basées à l’Oncopole.
En savoir plus sur Les Rubies

Association Sporeva (Toulouse). Sport adapté aux personnes touchées par le cancer.
Découvrir Sporeva

Association be. happy (Toulouse). Développement des soins de support en cancérologie. Événement : Défilé solidaire, 15 novembre 2025, MEETT Toulouse.
Découvrir be. happy

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